Depuis la semaine dernière, nous accueillons un hôte un peu particulier dans le pays. L’ex-président de Guinée Bissau, Umaro Sissoko Embalo, en proie à une élection difficile, a été contraint de quitter le pouvoir et de chercher refuge au Congo. Les liens de l’ancien militant de la lutte indépendantiste, très proche des milieux tiersmondistes et des pays comme le Congo, à gauche et antiimpérialiste, l’a conduit ici, un pays où il s’est rendu souvent. Auprès de Denis Sassou-Nguesso, une des figures marquantes de l’époque.
Mais quelle époque? Quelle période vivons-nous et sommes-nous en train de bâtir? Depuis cinq décennies, nos pays et nos peuples sont dans une phase haletante et fulgurante de leur histoire. Nous nous sommes exaltés devant les murs qui se consumaient de feu après avoir endigué nos libertés et nos velléités de liberté et nous espérions cette liberté. Nous nous régalions de l’image de ces barbelés entortillés dans leurs vanités devenues inutiles, car nous rêvions du contraire de ce qui fut.
Puis nous nous sommes exaltés à l’idée de reconstruire ce que nous détruisions. La grande affaire! Nous nous exaltions d’ériger en causes nationales justes ce que nous voulions simplement le contraire d’hier. Et donc de proclamer la démocratie comme cause nationale unanime. Mais c’est quoi la démocratie? Et, est-il sûr que nous ayons conservé l’attrait de la démocratie comme point de mire ? Déjà, dans les pays d’où elle nous est venue, les voix ne sont plus unanimes pour la vanter et la soutenir.
Alors, sûr que nous détricotions les us et les coutumes pour un plus grand bonheur nommé démocratie? Sûr de sûr ? Et comment se fait-il qu’à peine une élection est-elle proclamée que nous remplissions les places pour en contester les résultats? Mais, surtout, pourquoi sommes-nous devenus si accros aux régimes anti démocratiques, de plus en plus, en Afrique comme en Occident? De plus en plus de partis d’extrême-droite au pouvoir en Europe : la démocratie a-t-elle figure de gris?
Neufs coups d’Etat en Afrique depuis 2020, très peu d’expériences démocratiques réussies et apaisées. Aucun pays dont l’aspiration à la démocratie s’impose comme modèle attrayant aux autres… L’Afrique n’a pas encore fixé sont point d’ancrage à la démocratie. Elle n’a pas encore choisi. Et tant qu’il en sera ainsi, nos portes resteront ouvertes pour les voisins.
Albert S. MIANZOUKOUTA
