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Justice des grands

Deux de nos anciens Présidents font actuellement face à la Justice de leur pays pour des faits présumés de corruption. Tous deux nient farouchement les allégations de leurs oppositions, et jurent les grands dieux qu’on les harcèle surtout pour déranger leur retraite politique. Petit rappel: toute personne accusée doit pouvoir se défendre ; ce droit-là devrait être garanti à tous, même à d’anciens Chefs d’Etat. C’est vrai.
En outre, ce n’est pas parce que l’opinion aime toujours voir la déchéance des puissants que toute accusation portée contre eux doit se transformer en vérité ! Même si sous aucune planète, un ancien Président n’irait jusqu’à avouer en public: «Oui, j’ai distrait quelques milliards pour mon contentement personnel», c’est vrai aussi. Il n’est pas étonnant que l’ancien Président Jacob Zuma ait été conduit en prison, et que Mohamed Ould Abdel Aziz, en Mauritanie, ait à rendre des comptes à la Justice pour des opérations de blanchiment et d’enrichissement imputés.
L’opinion n’est pas une juge objective quand il s’agit de traduire des «grands» en justice. Quand arrive l’heure d’examiner les faits, c’est à peine si elle se souvient que la présomption d’innocence doit aussi entourer un justiciable, fût-il un ancien Président de la République. Le public, désormais spectateur amnésique, ne veut qu’une seule justice et une seule condamnation, la sienne, même contre ceux qu’il applaudissait hier. Tout verdict qui ne serait pas cela sera boudé.
Mais les déboires de nos anciens plénipotentiaires touche tellement toute l’Afrique, qu’on ne peut s’arrêter à la seule énonciation des principes. D’ailleurs, ces deux anciens Présidents sont idéalement situés: l’un au sud du continent, et l’autre au nord. Cela replace la question: quelle justice pour les grands? Nous écrivons ces lignes alors que près de nous, Laurent Gbagbo, ancien Président de Côte d’ivoire, est venu rendre visite à Kinshasa à Jean-Pierre Bemba notamment, l’ancien vice-président de la RDC qui a partagé des années de prison avec lui à la Cour pénale internationale, à La Haye. Acquittés ou relaxés, ils entrent dans les scénarios de justice qui n’entretiennent que le mécontentement chez tous !
Innocents vraiment? Coupables à tout prix ? En Afrique, la justice des grands devra préalablement renforcer la loi et le droit avant de se prononcer. Ce sera la seule manière de parler d’une manière indépendante (et juste). Ce sera la seule manière de parler de tout acte délictueux qui sera posé sur le commode escabeau de l’impunité. Il faudra que la loi soit suffisamment forte pour protéger les grands et les petits; suffisamment connue pour que la sanction échappe à la suspicion de servir d’instrument de vengeance.
Du reste, ce sera aussi la garantie pour ceux qui viendraient à assumer le pouvoir après des Jacob Zuma et des Mohamed Ould Abdel Aziz, en Afrique du Sud ou ailleurs, que leur sortie de scène sera propre. Parce que pavée par les règles de l’équité même quand ils auront peut-être contribué à les affaiblir. Elles sont des sangles qui maintiennent malgré tout la garantie d’institutions solides.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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