Nous venons de boucler le parcours électoral obligé que nous nous sommes imposés par fantaisie. A partir de l’enrôlement sur nos listes électorales, la campagne électorale puis le vote qui a vu la victoire du président Sassou-Nguesso, nous sommes parvenus, jeudi dernier, à la prestation de serment de l’ancien-nouveau président. Le passé a rempli notre histoire … d’histoires précisément ; belles ou non, qui ont été souvent conduites par les mêmes figures rayonnantes que nous avons vues au Stade de Kintélé jeudi dernier. La majorité défend mordicus que notre processus est l’expression parfaite de la démocratie.
L’opposition, timide, hasarde que même en Union Soviétique à l’époque, les scores de 90% avaient de quoi faire tiquer. Peu importe, c’est dans l’ordre du passé maintenant. D’ailleurs, depuis lors, nous n’avons connu aucun autre exemple africain contredisant notre bien-être électoral. Le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine, le Bénin aussi s’en sont sortis avec des scores à la Soviétique. Même les taux de participation de chez eux sont des purs copiés-collés du nôtre. Aucune raison de s’auto-flageller, aucun motif à plaindre une démocratie trop vigoureuse, enthousiaste jusqu’au débordement !
C’est donc un scénario à l’africaine que nous avons entrepris d’arpenter; il devrait nous conduire dans cinq ans (7 ans chez les autres) à la prochaine phase de notre «maturité» politique : nous sommes indépendants et souverains après tout ! Il n’y a pas que la matraque et le gourdin. Puisque nous avons pu faire à moins (nous n’avons presque pas connu de violence cette fois) : en quoi notre démocratie serait-elle boiteuse si elle devait n’avoir que la face lisse de maintenant et ne s’afficher qu’avec des scores aussi stratosphériques ? Qui cela gênérait-il à nous voir si près de nos dirigeants bien-aimés ? Le développement dont on parle, objectif à atteindre, ne peut-il pas s’accommoder d’un peu de détente dans notre rapport aux chefs ? Certes, il faut accélérer le pas pour parvenir à cette émergence qu’on nous avait promise et que nous avons failli perdre de vue. Ou dépasser.
Nous sommes un peuple en marche vers son développement, faites place. Nous avons connu des élections apaisées cette année. On les voulait libres, inclusives et franches aussi? On attendra l’arrivée du «franchomètre». Pour le moment, contentons-nous d’avoir rempli le stade de Kintélé et applaudi de joie vraie à l’installation de nos autorités.
Albert S. MIANZOUKOUTA
