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ORDINATION EPISCOPALE DE PERE TOUSSAINT NGOMA FOUMANET : Homélie du Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, Consécrateur principal

ORDINATION EPISCOPALE DE PERE TOUSSAINT NGOMA FOUMANET : Homélie du Cardinal Dieudonné  Nzapalainga, Archevêque de Bangui, Consécrateur principal

Excellence Monseigneur le Président de la Conférence Épiscopale du Congo,
Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique,
Chers confrères dans l’épiscopat,
Cher Père Toussaint,
Excellence Monsieur le Premier Ministre, chef du gouvernement, représentant du
Chef de l’État,
Excellence Monsieur le Ministre d’Etat Pierre Mabiala,
Excellences Mesdames et Messieurs les ministres,
Chers confrères dans le sacerdoce,
Distingués invités en vos rangs, grades et qualités, tous protocoles respectés,
Chers frères et sœurs en Christ,
Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté,
«À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ.» (Ph 1, 2)
Béni soit le Seigneur, source de toute bénédiction et de toute mission, qui nous accorde aujourd’hui la grande joie de vivre l’ordination épiscopale de son serviteur, Père Toussaint Ngoma Foumanet. C’est vraiment un jour de grâce pour toute l’Église et surtout pour nous, hommes et femmes, filles et fils de Dolisie: le Gardien d’Israël qui ne dort pas ni ne sommeille pas1 lui que nous prions d’envoyer des ouvriers pour sa moisson2, a exaucé nos prières en nous donnant un pasteur, un pasteur selon son cœur, pour assouvir notre faim et notre soif en nous conduisant vers ses verts pâturages et ses intarissables fontaines.
Les lectures de la messe de ce jour nous offrent vraiment l’opportunité d’accueillir et de méditer avec dévotion sur le service épiscopal qu’il t’incombera dorénavant, Père Toussaint, d’incarner à la suite et à l’imitation du Souverain Prêtre, source du sacerdoce unique et suprême, notre Seigneur Jésus-Christ.
Dans un premier temps, la Parole de Dieu nous invite tous à poser le geste fondamental devant marquer le commencement et le terme de toute vie chrétienne, de toute responsabilité d’Église: l’adoration, l’inclination profonde devant la grandeur de Dieu. Dieu est saint, il est trois fois saint et sa gloire emplit tout l’univers, peut-on entendre les séraphins proclamer dans la première lecture (Cf. Is 6, 3). Cette clameur de la liturgie céleste que nous reprenons nous-aussi dans la proclamation du sanctus a une portée éminemment existentielle. Elle nous enseigne, entre autres, que Dieu est la priorité des priorités, l’alpha et l’oméga de nos engagements. C’est lui qui, de sa propre initiative, de son cœur débordant d’amour et de miséricorde, fonde tout, appelle à travailler dans sa vigne celui qu’il juge digne: «Car tout est de lui, et par lui, et pour lui» (Rm 11, 36).
Le récit de la vocation du prophète Isaïe, tout en dévoilant la grandeur infinie du Tout-Puissant, la portée inouïe de son geste lorsqu’il appelle à être «sa bouche» au milieu des hommes, nous enseigne aussi comment il convient de répondre à ses appels.
Dieu choisit des gens simples pour accomplir de grandes missions en vue du salut. Il choisit des serviteurs c’est-à-dire des hommes et des femmes disponibles, disposés à servir, prêts à lui répondre favorablement. Ceux qu’il appelle ne sont pas des puissants, des orgueilleux, mais des petits, des humbles. En dehors du Seigneur, il n’y a pas de pasteur parfait et irréprochable. Il n’existe que des hommes et des femmes semblables à Isaïe c’est-à-dire des pécheurs, «aux lèvres impures» habitant comme lui «au milieu d’un peuple aux lèvres impures». Mais la contemplation de la pureté de Dieu ne peut laisser indifférent celui qu’il s’est choisi. Le Seigneur se charge lui-même de purifier son élu, de le disposer à se tenir devant sa sainteté, de le combler de force, de le rassurer et de lui communiquer le contenu de sa mission. Père Toussaint, la mission d’Évêque, ce n’est pas toi qui te l’attribues et encore, ce ne puit être qu’à l’aide de tes forces que tu l’assumeras. Dieu qui sonde les reins et les cœurs3 t’a librement choisi pour que tu prennes soin de toutes ses brebis établies sur le territoire de Dolisie, toutes sans exception, sans considération d’appartenance politique, religieuse, ethnique et culturelle.
Ne manque pas d’adorer le Seigneur qui te confie cette mission et de trembler devant sa grandeur. Comme le conseille saint Augustin: «Bien que nous soyons bergers, le berger écoute en tremblant non seulement ce qui est adressé aux pasteurs, mais ce qui est adressé au troupeau»4. Père Toussaint, aujourd’hui, Dieu fait de toi le Père d’une Église pour laquelle tu devras manifester un inébranlable attachement. Voici le message que l’Esprit Saint te destine à travers le témoignage de l’Apôtre Paul dans la deuxième lecture de cette messe (Cf. Ph 1, 1-11). En dépit des tribulations liées à sa captivité, l’apôtre des Gentils témoigne d’une réelle communion avec les habitants de Philippe qu’il a engendrés dans la foi. Et cette communion est source de joie. La joie du Pasteur est de marcher ensemble avec ses brebis, de connaître l’odeur de chacune, de les aimer, de leur être toutes profondément attachés.
Père Toussaint, l’anneau que tu vas bientôt recevoir, l’un des symboles de l’épiscopat, est le signe de cette union indissoluble qui te lie avec le Seigneur, avec le collège des Apôtres dont tu continues la mission, avec le Saint-Père et tes pairs évêques mais encore avec ton diocèse. L’anneau épiscopal peut être assimilé à un éloquent symbole de synodalité, autrement dit, un signe de communion et de coresponsabilité lesquelles peuvent garantir le succès de la mission, l’authenticité du témoignage apostolique et la joie de l’Évangile. Le peuple de Dieu a l’habitude de baiser l’anneau épiscopal en signe de révérence à l’amour de Dieu, à la reconnaissance de sa grandeur, de son alliance et à la foi véhiculée par l’anneau.
La joie est l’aspiration profonde et finale de tous nos choix de vie quels qu’ils soient. Pour nous chrétiens, Jésus est notre joie, notre paix, notre vie. Il est la source de la joie à laquelle nous aspirons. L’annonce de l’Évangile, telle que les exemples de saint Paul, de saint Pierre et des autres apôtres nous le montrent, est un combat. Ce combat peut être âpre et coûter la vie mais c’est en vue d’un bonheur qui transcende toutes les peines endurées. Si tel n’était pas le cas, Jésus qui est le «Chemin, la Vérité et la Vie»5 n’aurait pas dit: «Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux!» (Mt 5, 11-12). Père Toussaint, dorénavant te voilà uni au diocèse de Dolisie, à son presbyterium, à ses agents pastoraux, à sa population entière, chrétiens, musulmans, adeptes de religions traditionnelles, pour le meilleur et pour le pire. C’est un lien d’amour qui, grâce à l’exercice des pouvoirs d’enseigner, de gouverner et de sanctifier liés à ta charge, devra favoriser ta propre sanctification et celle des brebis qui te sont confiées. Il te faudra en tout temps prier le Seigneur, propriétaire de la Vigne, de te combler du don de discernement pour que tu saches choisir ce qui convient au bonheur de ton peuple dans sa diversité constitutive.
Depuis le chemin de Damas, la vie de Paul a été radicalement transformée au point qu’il dise: «Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi…» (Ga 2, 20). Pour l’Apôtre des Gentils depuis lors, tout est devenu occasion de prière. Lui qui appelle ses semblables «les saints de Dieu» (Cf. Rm 1, 1) n’a plus voulu garder pour lui seul les grâces reçues de Dieu mais s’est passionné de les répandre sur tous les peuples auprès de qui l’Esprit l’a conduit.
Puisses-tu, Père Toussaint, t’inspirer de l’exemple de Paul et imiter son ardeur pour rechercher le bonheur intégral du peuple de Dieu à Dolisie. Pour toi, si je me permets de paraphraser le Pape Benoît XVI, incombe la tâche de nourrir l’espérance de tes brebis, de partager leurs difficultés, en t’appuyant sur la charité du Christ qui consiste dans l’attention, la tendresse, la compassion, l’accueil, la disponibilité et l’intérêt pour les problèmes des gens, pour lesquels tu devras être prêts à donner ta vie6.
Et nous, hommes et femmes, filles et fils de Dolisie, en nous donnant un Père, le Seigneur nous confie aussi la mission de veiller et de prier quotidiennement pour lui. Vis-à-vis d’un père, il convient d’adopter en tout temps une attitude filiale empreinte d’amour, d’obéissance, de justice et de charité, laquelle seulement est susceptible de garantir la cohésion, la communion et le succès de la mission. Tous avec l’Évêque, nous sommes en marche, en mission pour que la volonté du Créateur soit manifestée et révélée sur la toute la terre.
Dans l’Évangile que nous avons écouté, Jésus envoie ses disciples deux par deux (Cf. Lc 10, 1). C’est en communauté que le Seigneur nous envoie en mission. Dieu qui est tout-puissant, lui qui peut tout, n’a pas voulu agir en solitaire. Il a bien voulu associer l’homme et la femme créés à son image et à sa ressemblance (Cf. Gn 1, 27). Les consignes que Jésus donne aux missionnés sont dignes de retenir notre attention. Avant tout et pour tout, ce sont des messagers de paix. La mission de l’évêque est avant tout une mission de paix, une mission de guérison. Nos terres africaines, comme le Saint-Père et nous l’avons relevé lors du second synode spécial pour l’Afrique7, sont si assoiffées de paix, de justice et de réconciliation et l’Église famille de Dieu se doit d’y exercer un rôle prépondérant.
Tous, évêques, prêtres et fidèles, soyons d’ardents diffuseurs de la paix de Jésus-Christ dans nos familles, nos communautés, nos circonscriptions, nos pays. Tous, par la prière et par la solidarité, engageons-nous pour la guérison des blessures que portent tant de cœurs dans nos missions; œuvrons pour reconstruire ce qui a été détruit, pour réconcilier nos frères et sœurs divisés. Ensuite, la mission d’annoncer la proximité du règne de Dieu doit se faire dans le respect de la liberté des récepteurs de la Bonne Nouvelle. La crosse, le bâton du berger, remise à lui par le Berger par excellence, ne doit pas servir à écraser, à opprimer mais à rassembler et à guider. Jésus demande à ses disciples d’être comme des agneaux au milieu des loups (Cf. Lc 10, 3). Assumer sa charge épiscopale tel un agneau, voici une manière de rejeter le cléricalisme qui fait tant obstacle à la synodalité. Être père, fils et filles à la manière d’un agneau, c’est choisir de revêtir le Christ, l’agneau immolé aux yeux du monde. Dans l’exhortation Pastores gregis, saint Jean Paul II conseille au pasteur «de prendre un mode de vie qui imite la kénose du Christ serviteur, pauvre et humble, de sorte que l’exercice de son ministère pastoral soit un reflet cohérent de Jésus, le Serviteur de Dieu, et le conduise à être comme Lui, proche de tous, du plus grand au plus petit»8.
Jésus nous invite à ne pas nous encombrer ni de soucis ni de matériels en nous rendant en mission. Disponibilité et souplesse sont requises pour pouvoir répondre positivement à l’appel du Seigneur. Mais elles sont aussi requises tout au long de la mission. Père Toussaint, te dépouiller de tout au moment de recevoir ta nouvelle mission et tout au long de son exercice te permettra de te remplir du Christ et de laisser le Saint-Esprit conduire tes projets pastoraux et les harmoniser avec le dessein du Père. Dans la mission du pasteur, il y a une dimension providentielle. Le pasteur est sans domicile fixe. Comme le Maître, il n’a pas d’endroit où reposer la tête (Cf. Mt 8, 20). Dieu prend soin de lui, il veille sur lui.
Puisse la Vierge Marie, Notre-Dame de la miséricorde de Louvakou, Reine des Apôtres, et saint Joseph, Patron de l’Église, veiller sur toi et intercéder pour toi. À leur prière, puisses-tu exercer ton ministère épiscopal dans la puissance du Saint-Esprit pour le salut et la paix de la population de Dolisie, maintenant et pour les siècles des siècles, amen!

Notes:
1 Cf. Ps 120, 4.
2 Cf. Lc 10, 2.
3 Cf. Jr 17, 10.
4 Saint Augustin, Discours 47, 2.
5 Jn 14, 6.
6 Cf. Benoît XVI, Message pour la Journée Missionnaire Mondiale 2008, n° 2.
7 Cf. Benoît XVI, Africae munus.
8 Jean Paul II, Pastores gregis n°11.

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