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Beto sala tiya

Beto sala tiya

Ce mois de mars 2021 n’est définitivement pas la réplique de celui de l’année précédente. Ce qui change tout? La campagne # to sala ! Un chant et un documentaire bouleversant l’ont ouvert. Une lueur, non, une flamme brille enfin et comme on se réveille d’un profond sommeil, la voix des femmes retentit. Elles sont présentes, résilientes, vivantes et indomptées comme le sang irrigue un corps et elles affirment leur place primordiale dans la société. Une société tombée en sidération quand en début d’année 2020, la pandémie à COVID-19 écrasait l’actualité par ses annonces morbides. Ce fléau mortifère a conduit à la prise d’un ensemble de mesures de précaution et de restrictions sanitaires touchant aux libertés, mesures aux conséquences désastreuses pour l’économie nationale surtout pour les femmes autant dans leur sphère intime que dans leurs activités économiques. Leur vulnérabilité s’est accrue avec leur surexposition aux violences de genre engendrées par les huis-clos familiaux des confinements et couvre-feu ainsi que de la récession économique. Leurs porte-monnaie a rétréci comme peau de chagrin avec les réductions de jours de marché et, grâce à Dieu, les garde-malades et soignantes à domicile qu’elles sont, n’ont pas eu trop à souffrir de la pandémie. Mais cette situation nous a valu piqure de rappel que les droits ne sont jamais acquis ; il faut lutter sans cesse pour les préserver, les défendre et les affirmer.
C’est l’initiative prise par un collectif d’artistes féminines, avec l’appui de l’Institut français du CONGO, l’ambassade de France, l’Union européenne, les organes spécialisés des Nations unies, en collaboration avec le ministère de la santé, de la population, de la promotion de la femme et de l’intégration de la femme au développement et quelques organisations de la société civile dont l’Association des femmes juristes. Dix-huit (18) chanteuses, slameuses et rappeuses qui nous rappellent dans nos langues usuelles que le combat se poursuit.Qui mieux qu’elles incarnent ce combat? Choisir d’être artiste et vouloir vivre de son art en étant femme est une gageure dans nos sociétés africaines. Etre femme et artiste suppose de transgresser de nombreux tabous imposés aux femmes. Celui du silence où on a confiné les femmes bâillonnées de la parole publique, celui de la surexposition, là où elles étaient cachées derrière «l’ombre protectrice» des hommes ; enfin, celui de jouer de son corps pour ajouter à l’expression artistique quand on a appris aux femmes de le garder pour l’usage exclusif de leurs seigneurs et maîtres. Toutes ces citadelles sont tombées pour notre bien à toutes mais elles en portent seules la condamnation. Ces artistes, Mariusca, Fanie Fayard, Cilia Jules, Monie Kongo, Habit, Nestelia Forest, Maman Credo, Benie Chicane, Gladys Samba, Dulcie Kiyindou, Dom, Oupta, Spirita Nanda, Gypsie la tigresse, Welicia, La pie d’or, Jessie et Liz Babindamana lancent, par un chant, un cri de ralliement pour toutes les femmes congolaises. Elles ont ponctué ce chant d’un documentaire où elles se livrent sans voile, avec franchise et aplomb – et émotion- sur leur ressenti et leur vision pour les femmes. En parlant à visage découvert, elles ont pris un risque et l’assume. On n’en ressort pas indemne. Et quelque chose doit changer dans nos vies de femmes.
Le chant révèle le talent mais au-delà, les fêlures, les peurs, les révoltes et les espoirs de leurs trajectoires personnelles qui se croisent dans la douleur et se rejoignent dans l’espérance de lendemains radieux. Ce chant porte les blessures longtemps tues, les humiliations endurées et nous invite à relever la tête, ne plus baisser les yeux et subir. Il sonne la révolte noble et salvatrice, révolte contre un système qui assigne les femmes à la soumission, au silence et à l’ombre. Cet ombre propice aux abus et aux excès dont elles portent les stigmates. Elles chantent la complainte des femmes dont on torture les corps et triture l’âme, de celles qu’on assassine.
Ce chant sonne la mobilisation pour un «girl power»; pour réveiller celles qui sont prisonnières des carcans culturels qui les enserrent et qui se sont résignées ; il parle à ces femmes dont la seule ambition est le mariage et s’y retrouvent emprisonnées avec les yeux éteints de celles qui n’ont plus de rêves. Avec leur accent tonique, elles renversent avec jubilation, les conservatismes qui condamnent les femmes à la souffrance, à l’infériorisation découlant des rôles préétablis qu’elles contribuent à perpétuer et s’élèvent contre cette différenciation en défendant un nouveau choix éducatif plus égalitaire. Pour cela, les femmes doivent travailler, elles ne se le dissimulent pas même si sur leur parcours se dressent des hommes pathétiques qui croient leur imposer la loi de leurs phallus pour freiner leur ascension. Jamais plus elles ne seront des objets, des victimes ! Cette approche artistique offre de voir les violences basées sur le genre sous une perspective positive pour les victimes et distille un message d’espoir. Oui, il y a un après et il ne faut pas laisser son bourreau avoir une emprise sur sa vie future.
Les femmes se dressent, «le glaive de leur matière grise» en main pour «prendre possession de leur règne» et «s’asseoir sur leur trône». Elles ont de la valeur, des droits, les mêmes que ceux reconnus à tout être humain indifféremment de son sexe et elles entendent s’en prévaloir.
Ces artistes stigmatisent l’attentisme paralysant et appellent à l’action. Devra-t-on continuer à dire que les femmes sont incapables de réussir une œuvre ensemble? Mariusca, Fanie Fayard, Cilia Jules , Monie Kongo, Habit, Nestelia Forest , Maman Credo, Benie Chicane, Gladys Samba, Dulcie Kiyindou, Dom, Oupta, Spirita Nanda, Gypsie la tigresse, Welicia, La pie d’or, Jessie et Liz Babindamana ont ouvert la voie. A nous de nous y engouffrer. Beto sala tiya pour être des «superwomen»!

Nadia MACOSSO
Association des femmes juristes du CONGO

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Editorial

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